Archive pourmars 30, 2008

Les contradictiosn politiques des reformes économiques en Algérie

Le livre de M. Addi analyse les différentes réformes économiques qui se sont développées en Algérie depuis son indépendance, particulièrement après les émeutes de 1962, et qui ont répondu aux intérêts des élites gouvernantes au lieu d’avoir comme but l’industrialisation du pays. Le caractère instrumentalisé de ces réformes est la racine même de leur échec et de la délicate situation économique de ce pays.

Dans cette analyse, nous ferons référence fondamentalement au texte de William Byrd «Algérie : contre-performances économiques et fragilité institutionnelle». Byrd a suivie l’évolution de l’économie algérienne depuis 1976 en tant que banquier à la Chase Manhattan Bank, puis, depuis quatre ans, en tant que consultant. Il a été président du sous-comité économique pour le réalignement  de la dette bancaire privée en 1991-1992 ainsi que pour le rééchelonnement au titre du Club de Londres de 1994 à 1998. 

Pareillement, nous ferons référence à Clifford Geertz, avec « Que reste-il des révolutions du tiers monde ? » et à l’article « Le modèle algérien d’industrialisation » de  M. Côte. Ainsi, nous poserons, dans cette analyse, quatre questions :

-          quelle est l’origine de l’état rentier ? comment a t’il été construit ? et sur quelle idéologie ?

-          est ce qu’il y a un vrai capitalisme producteur en Algérie ? est ce que les règles du marché sont respectés ?

-          quel est le résultat de ces politiques ?

-          quel est l’avenir pour l’Algérie ?

On tentera donc de répondre è ces questions tout au long de cette analyse. On va essayer d’en répondre à continuation.   

Quelle est l’origine de l’état rentier ? Comment a t’il été construit ? Et sur quelle idéologie ? 

Les deux objectifs économiques donnés par les hommes politiques algériens après l’indépendance étaient d’effacer l’injustice dans la distribution des richesses et de faire disparaître la pénurie des biens. En effet, la justification de l’économie distributive dans les textes idéologiques du FLN était la justice sociale. Cependant, la motivation profonde était de faire de l’économie un moyen de légitimation politique ;  à travers la distribution des biens et des services, le pouvoir cherchait l’adhésion des masses pour discréditer les opposants. Le volontarisme, de son côté, souhaitait annuler les prix de tous les biens pour contourner la mécanique des intérêts, et ce à ses intérêts propres. Le blocage des salaires et les bas prix de certains produits étaient supposés être des mesures intermédiaires avant que l’État n’ait les moyens de rendre quasi gratuits tous les biens et services. Cet esprit volontariste voit le jour dans le Projet Boumédiene- Abdeslam. Le but de ce projet était la création d’un État distributeur, qui devait satisfaire tous les besoins sociaux, particulièrement ceux des couches les plus pauvres. À cette fin, l’État subventionnait les produits de base (ex. les aliments), mais cette mesure avait pour conséquence des résultats contraires aux attendus : 

 -          Tout d’abord, le pouvoir d’achat de la majorité de la population s’affaiblit, car les autres produits non-subventionnés devinrent plus chers.

 -          Les prix furent bloqués pour maîtriser l’inflation et satisfaire les revendications ouvrières ; mais le blocage des prix, surtout des produits importés subventionnés, se révéla non économique et provoque des gaspillages des couches pauvres. 

 -          Niant le caractère objectif des prix, le volontarisme finit pour handicaper la production. 

-           Le blocage du prix des produits importés créa un différentiel croissant entre le prix international et le prix intérieur, et causa un budget déficitaire pour l’État. 

-          Il jeta donc les bases d’une bureaucratie forte et renforça le système du clientélisme ; des groupes familiaux liés à l’administration ont donc accumulé de grandes fortunes. 

C’est à ce moment que la première industrialisation du pays se produisit, ce qui aura des effets graves et durables sur l’économie algérienne. On privilégia l’industrie pétrolière et de gaz au détriment de l’agriculture (source traditionnelle de l’économie algérienne), ce qui provoqua l’exode rural et l’apparition des grandes agglomérations urbaines. Par conséquent, la situation économique empira, et la nécessité d’une réforme économique devint évidente. Plusieurs réformes se sont succédées, pourtant, toutes ont échoué car elles n’éliminèrent pas le cadre politique qui empêchait le développement économique du pays. Voici donc un résumé des différentes réformes qui furent mises en place : Une première vague débuta avec Bendjedid et s’acheva avec Hamrouche. Sous le gouvernement Bendjedid (1979-1992), on tenta de modifier les buts économiques antérieurs qui privilégiant l’industrie lourde. Son premier Primer ministre, Abdelhamid Brahimi, chercha donc à investir dans l’industrie légère, l’agriculture, les infrastructures… Pour y arriver, il divisa les entreprises d’État en les faisant plus petites, car pour lui, leur inefficacité était le résultat direct de leur taille.

 Après la crise économique de 1986 et les émeutes de 1988, Hamrouche lui succédera dans sa charge. Hamrouche, président du gouvernement de septembre 1989 à juin 1991, essaya de mettre fin aux monopoles édictant un nombre de textes réglementaires et en soumettant  l’entreprise d’État aux lois du marché et au commerce. Les reformes ont suscité plusieurs oppositions, principalement celles de la hiérarchie militaire et des groupes qui avaient beaucoup de pouvoir (ces réformes étaient une atteinte à leurs intérêts puisqu’elles allaient empêcher considérablement la corruption). De plus, la population ne les acceptait pas, et décriaient la disparition de la politique sociale. C’est pour ces raisons que les réformes de 1988 ont été répondues par des grèves. 

Une deuxième vague de réformes, qui répondaient en partie aux demandes du FMI, dissolue des centaines d’entreprises publiques locales. D’ailleurs, on croit des milices rémunérées (ce qui crée de l’emploi), un plan de privatisation du secteur public a été appliqué, mais il n’a que touché des entreprises à rentabilité faible. Néanmoins, pour essayer de résoudre la crise, l’État réalisa successivement plusieurs dévaluations de la monnaie, dans le but d’augmenter les finances de l’État et de comprimer la demande sociale. La monnaie a donc souffert d’une dévaluation de 500% de 1990 à 2000, ce qui gêna le pouvoir d’achat. Également, la dévaluation a forcé la fermeture des petites et moyennes entreprises, qui durent licencier leur employés. En 2000 on prit une série de mesures destinées à réduire les barrières tarifaires pour les importations, comme une réforme du tarif douanier, la signature d’un accord d’association avec l’UE et des négociations d’adhésion à l’OMC. Des résultats, qui à première vue semblent très positifs, se produirent. L’inflation descendue de 32% en 1992 à 4% en 2001, la dette extérieure passa d’environ 80% du PIB en 1993 à environ 21% en 2002. Cependant, ces réformes n’ont pas profité durablement à l’emploi, à la croissance ou au le recul de la pauvreté.

Est ce qu’il y a un vrai capitalisme producteur en Algérie ? Est ce que les règles du marché sont respectés ?

Ceux qui se demandent si, en Algérie, les règles du marché fonctionnent, la réponse ne peux être plus clair : non. Dans une économie où l’État fixe les prix, il n’y a pas de place pour un capitalisme productif. En effet, le prix doit répondre à une valeur du marché ; il doit répondre à l’offre et à la demande, aux heures employées pour la fabrication du produit, aux employés qu’y ont travaillé… quand on fixe les prix, ils ne sont plus réels, ils répondent à d’autres intérêts que ceux de l’économie.

Le modèle socioéconomique mis en oeuvre ne prévoyait aucune autonomie à la sphère économique, et celle-ci était conçue comme un espace où devaient s’exécuter des ordres techniques venus d’en haut. Il ne peut pas y avoir une reproduction dans une société où les ressources économiques publiques sont utilisées dans la compétition pour le pouvoir, et où l’État pratique la déprédation à grande échelle. Donc, chaque mesure dite libérale réalisée, soit par ordre du FMI, soit pour avoir une meilleure image international, échouera, car le marché comme tel n’existe pas à Algérie ; chaque reforme crée une nouvelle contradiction économique.

C’est la raison pour laquelle cette colonie, qui avait une économie relativement étable basée sur l’agriculture avant l’indépendance, connue une misère impensable au moment de son autonomie. Pour continuer, nous allons étudier quelques taux économiques et leur évolution dans le temps. Depuis 1970 le taux d’investissements en l’Algérie est très élevé, autour du 30% du PIB, mais il reste incapable d’impulser la croissance.

De plus, le pays reçoit des investissements étrangers, surtout de l’UE et du FMI, en utilisant l’islamisme politique ou fondamentaliste comme arme de négociation. En effet, pour obtenir des sources du FMI, il a dû accepter quelques demandes de réformes. En agissant en norme avec les directives du FMI et en affichant une volonté libérale, l’Algérie commença la deuxième vague de réformes dont on a parlé plus haut. Le niveau des investissements directs étrangers (IDE) est un indicateur efficace pour évaluer la perception par les investisseurs de la qualité relative des institutions de différents pays.  IDE en pourcentage du PIB Moyenne 1999-2001Global Hors Hydrocarbures

  1999 2001
Algérie 1.3 0.2
Maroc 2.9 2.8
Tunisie 2.5 1.5
Israël 1.5 1.7
Turquie 0.9 0.9
Malaisie 1.8 1.5
Portugal 3.3 3.3

 Sources : FMI Consultations au titre de l’Article IV et diverses sources officielles des pays cités 

Pratiquement tous les investissements ont été effectués dans le secteur des hydrocarbures, lequel n’a que peu d’effets sur la création d’emplois, ni de répercussions sur le reste de l’économie. Ainsi, les IDE hors hydrocarbures n’ont représenté que 0,2% du PIB dans la période 1999-2001, à rapprocher avec le taux de 1,3% affiché pour toute l’économie algérienne. Si l’on compare l’IDE algérien avec celui d’autres pays comme le Maroc ou la Tunisie, nous voyons que son pourcentage d’IDE est  très faible. Byrd estime que c’est à cause de la qualité – plutôt que du manque de qualité et de transparence des institutions économiques et politiques – que l’Algérie est un des derniers au tableau de l’IDE. Tant qu’elle n’assurera pas un État sans corruption et la constitution d’un vrai État de droit, les investissements étrangers seront encore faibles, à moins que l’Algérie ne trouve une arme de négociation internationale, comme ceci est en train de se produire avec la crainte occidentale du terrorisme et de l’islamisme. 

Cependant le taux d’investissement est très haut – de 1971 à 2000 – il a représenté en moyenne 32% du PIB- mais la croissance de la productivité des facteurs (PTF) a été négative. Pour Byrd «le problème se situe dans le choix de la réalisation des investissements». En 1970 la PTF était négative, en 1995, bien qu’elle ait augmenté, elle continuait à être négative, donc la productivité hors des hydrocarbures doit être gravement faible pour que la PTF reste négative. Jusqu’à l’indépendance, la productivité globale a augmenté, pour ensuite connaître une évolution négative, surtout à partir des années soixante dix. Cette évolution négative coïncide avec la croissance régulière (le niveau de 1978 est 2.7 fois celui de 1962) de la production des hydrocarbures. Quand la production pétrolière augmente à partir de 1990, la décroissance de la productivité devient moins aiguë.  

 Quel est le résultat de la création d’un État distributeur ? 

Les conséquences de ces politiques économiques sont les suivantes : 

  • Dépendance économique des hydrocarbures : William C. Byrd dit que de 1998 à 2004, le taux de dépendance des hydrocarbures a été en moyenne de 97%. Les hydrocarbures sont la principale source économique du pays, mais elle n’est pas éternelle. De plus, le prix du pétrole varie, ce qui a comme conséquence la volatilité de la balance de paiements. Par exemple, la chute des prix mondiaux des hydrocarbures en 1986 a provoqué une crise financière grave.

  • Croissance instable et relative : l’État empêche, avec ses politiques, toute initiative économique productive. En conséquence, des pays comme le Portugal ou la Corée qui, en 1985, étaient derrière l’Algérie, montrent aujourd’hui une économie plus forte qu’elle. Dans le tableau ci-dessous, on peut voir que le Portugal s’éloigne chaque fois plus – excepté en 1985- du PIB algérien. En effet,  si en 1970 le PIB portugais était 1.46 fois celui de Algérie, vingt deux années plus tard, il est presque sept fois supérieur. Plus étonnante est l’évolution de la Tunisie par rapport à l’Algérie jusqu’en 1998. En effet, le PIB de la Tunisie était auparavant inférieur mais, à partir de cette date, la tendance s’inverse. Ainsi, en 2002, le PIB de la Tunisie est 1.26 fois celui de l’Algérie.

 Taux du PIB par tête de l’Algérie comparé à une sélection de pays

  1970 1985 1998 2002 
Algérie 1.00 1.00 1.00 1.00
Maroc 0.47 0.21 0.80 0.73
Tunisie 0.60 0.42 1.31 1.26
Egypte 0.42 0.35 0.83 0.76
Israël 3.59 2.07 10.62 9.21
Jordanie 0.64 0.69 1.03 1.02
Turquie 0.95 0.49 2.00 1.61
Corée 0.51 0.83 4.21 5.60
Malaisie 0.75 0.72 2.01 2.26
France   5.37 3.44 14.94 13.58
Portugal 1.46 0.89 6.96 6.99
USA 9.38 6.42 19.62 21.14

Source : FMI-WEO, Banque Mondiale 

  • Un chômage étonnante : L’Algérie a le taux de chômage le plus élevé de l’ensemble des pays de la Méditerranée. En 1997 le taux était de 26.41%, en 2000 de 28.81%, en 2001, de 27.30% et en 2005 de 22.5%. Bref, presque un quart de la population souffre maintenant du chômage. En considérant que son activité productive essentielle est l’hydrocarbure, qui n’a pas besoin de main d’œuvre, et que l’État n’a pas su conserver et impulser l’activité agricole algérienne, cela n’as rien d’étonnant. De plus, elle présente une taux de chômage des jeunes très grand : en 2001, près du 46% de la force de travail âgée entre 20 et 24 ans était sans emploi. Le taux d’emploi augmente avec l’âge (14% de chômage pour le secteur de la population de plus de 30 ans). Dans le tableau, on peut observer qu’après 1989, le taux de chômage augmente, de telle façon qu’en 1998 et 2001, un quart de la population ne trouve pas d’emploi. Le taux de chômage est considérablement plus haut que celui de ses voisins, en 2001, le Maroc avait un taux du 20%, la Tunisie de 16% et l’Égypte 9%.

 Taux de Chômage- Sélection de pays (en pourcentage) 

  1989 1998 2001 
Algérie 17 28 27
Maroc 16 19 20
Tunisie 15 16 16
Egypte 7 8 9
Israël 9 9 9
Jordanie 13 15
Turquie 9 7 9
Corée 3 7 4
Malaisie 6 3 4
France 9 12 9
Portugal 5 5 4
USA 5 5 5

Source : OIT & FMI 

  • création d’un système clientéliste : Dans la mesure où l’économie était étatisée et où l’État exerçait le monopole sur le commerce extérieur, toute initiative économique privée devait nécessairement s’appuyer sur des officiers supérieurs et sur des personnalités politiques appartenant à la sphère du pouvoir. Les clans liés à l’administration ont les moyens d’empêcher les initiatives qu’ils n’aiment pas et d’encourager celles qui répondent à ses besoins.  L’entreprise ne peut  survivre que grâce à un réseau de relations qui la protège des tracasseries administratives et des clans bureaucratiques. Souvent on doit nous servir d’une parenté ou d’une amitié avec un officier supérieur, pour que l’entreprise marche. Certains officiers ont abusé de cette faculté à tel point que la dérive vers le trafic d’influence et les infractions à la réglementation se sont généralisés jusqu’à devenir une menace très sérieuse pour l’économie, car les agents économiques ne sont pas tous égaux. Appuyées sur l’apparat de l’État, des fortunes privés se sont crées.

  • apparition d’un marché parallèle : Jusqu’aux années 80, il n’y eut pas de problèmes dans le domaine alimentaire ; les produits alimentaires étaient soutenus par des subventions de l’État et donc, les produits étaient vendus sur le marché intérieur à un prix inférieur à celui acheté sur le marché international. Par contre, cela incitait au gaspillage et à la contrebande (le trabendo), qui a pris beaucoup d’ampleur dans les années 80.

  • Le pouvoir d’achat de l’ensemble de la population diminue : Les familles vivent un processus de paupérisation, qui force à la cohabitation du groupe familier sous le même toit (ce qui est aggravé aussi par le chômage et par la crise du logement). Le salaire moyen n’est plus suffisant, quelques groupes sociaux se sont organisés pour demander une hausse du salaire, et l’on doit d’ailleurs remarquer le cas des professeur qui demandent le retour au pouvoir d’achat de 1980. La raison pour laquelle il n’existe pas de liberté syndicale en Algérie est que le régime a peur de se faire renverser. Le problème du salaire est né parce qu’en Algérie, les prix ne sont pas fixés par la logique du marché. En fait, on parle des salaires politiques, c’est-à-dire salaires distribués pour les entreprises déficitaires qui sont avancés par l’État à fond perdu. En Algérie, une entreprise ne ferme pas en raison de sa non rentabilité économique puisque. En fait, tant qu’elle remplit une fonction politique, elle continuera à marcher. De plus, le déficit des entreprises d’État que les banques étaient tenues de renflouer a créé une importante masse monétaire qui a rompu les équilibres macroéconomiques et vidé la monnaie locale de son pouvoir d’achat. Les prix augmentèrent donc en flèche. 

Quel est l’avenir pour l’Algérie ? 

La crise économique de l’Algérie n’est pas due à un épuisement des capacités productives, elle est liée au volontarisme qui a marqué les pratiques économiques du pouvoir en instituant, grâce à la rente pétrolière et gazière, un État rentier. Cette logique est contraire aux dynamiques productives, et c’est pourquoi la réforme économique a besoin d’abord d’une politique. Pour arriver à comprendre comment l’Algérie est devenue un pays improductif, on doit comprendre que les différentes réformes économiques mises en oeuvre ont fait de l’Algérie un État rentier néo-patrimonialiste.

D’abord, on doit rappeler que, bien qu’elle ait une façade démocratique et libérale, et qu’elle agit pour conserver cette image ; l’Algérie n’est pas une démocratie. En effet, il n’y existe pas d’État de droit, l’État est aux mains de l’armée, où la corruption des différents clans règne. Les élites utilisent l’apparat de l’État à leur propre profit, en prenant des mesures destinées à se maintenir au pouvoir et à faire taire les opposants. Le régime a obtenu la légitimité en développant une forte politique sociale et en ayant des leaders charismatiques. Pour soutenir son caractère d’État rentier, l’Algérie fait usage des hydrocarbures, de telle sorte que son économie ne peut subsister que grâce aux bénéfices tirés des mêmes . L’argent obtenu des hydrocarbures n’a pas été utilisé pour industrialiser le pays mais comme source pour maintenir le pouvoir politique. L’État  rentier n’a donc pas la capacité d’obtenir un taux de rendement satisfaisant dans le système productif permettant de couvrir les dépenses, et le déficit est comblé par le pouvoir, qui paye ainsi le prix pour se faire accepter. 

 L’Algérie répond bien au schéma qui décrit Clifford Geertz quand il dit  «  à la fin des années 1950 et au début des années 1960 (…) les chefs héros charismatiques incarnaient une enivrante vision celle du nationalisme radical (…) en dix ou quinze ans, une génération de chefs à poigne à l’esprit de clocher est apparue qui a remplacé la mobilisation populaire et l’enthousiasme nationaliste par le pressions et calculs du pouvoir autoritaire.»  Le FLN a représenté le nationalisme algérien et c’est là qu’il a trouvé sa légitimité, mais pour s’assurer du pouvoir, il a développé une forte politique sociale.  Cependant, la quête de justice sociale dans le domaine économique n’est pas réelle, elle n’est qu’un moyen pour cacher sa tentative de privatiser le public.

On peut reprendre ici la phrase de Geertz «  les révolutions, quand elles sont vraies, ont tendance à amener le contraire de ce qu’elles prônaient ». En vérité, l’État n’a pas achevé les objectifs attendus. Geertz donne certains tâches auxquelles l’État, devenu indépendant, devait faire face, comme celle d’organiser une économie faible et perturbé, de stimuler la croissance, de réaliser les reformes agraires et de construire une série d’institutions populaires. L’Algérie a essayé de répondre à ses tâches par une perspective paternaliste, dit néo-feudaliste, où l’État couvrait les besoins de la société, mais ce fut un échec, car il a créé une population dépendante, un État faible et dominé par les clans, une économie irréelle et des institutions corrompues.  L’armée était d’abord favorable à l’économie administrée, dans le but d’empêcher l’émergence d’un pouvoir économique autonome qui en viendrait à défier le contrôle de l’État.

Cependant, l’économie administrée épuisait de manière improductive les ressources tirées de l’exportation des hydrocarbures, et mettait donc en danger la survie du régime. L’armée acquiesça alors aux réformes économiques et politiques présentées comme la solution à la crise, à condition qu’elle demeure au cœur du système et que ses intérêts symboliques ne soient pas sacrifiés. Les réformes ont échoué parce qu’elles cherchaient à assurer le pouvoir.

 De plus, le Programme de relance économique du gouvernement Ouyahya ne marche pas et a même des résultats négatifs ( on utilise les profits des hydrocarbures pour cacher une économie en crise), La difficulté ne réside pas seulement dans la tâche de convaincre aux élites – ou de les éliminer-, mais dans la  peur de la population à perdre ses aides sociales et dans la crainte du peuple envers les changements.

C’est là où réside la force de l’utopie islamiste ; tandis que la situation politique reste comme telle,  les islamistes continueront à gagner du poids en Algérie. Dans la mesure où elle n’arrive pas à se défaire des clans corrompus où à éliminer les politiques qui empêchent un capitalisme productif –surtout en impulsant le statut de l’individu- et assure un fonctionnement transparent des institutions propres d’un État de droit ; elle n’arrivera jamais à solutionner la crise.

 Bibliographie

 L’Algérie et la démocratie. Pouvoir et crise du politique dans l’Algérie contemporaine. Lahouari Addi. La découverte. 1994. 

Que reste-il des révolutions du tiers monde ? Clifford Geertz. 

«Algérie : contre-performances économiques et fragilité institutionnelle» William C. Byrd report trouvé à la page  www.algerie-watch.de  

Le modèle algérien d’industrialisation dans L’Algérie ou l’espace retourné.  M. Côte 1988 Paris. Flammarion.   

Paroles

Tu vois? Je n’étais pas trompée quand je te disais que le notre n’était pas éternel. Cependant c’est toi,  qui y croyait, qui a voulu le laisser. C’est ironique. La raison me disait que on n’aviat pas de future mais mon coeur t’a cru. Je m’ai trompée moi-même. Comme dissait la chanson: parole, parole. Mais elles son si belles à ta bouche…